Romain Bardet : « Le vélo spectacle ! » (extrait exclusif)

Pour fêter la victoire de Romain Bardet ce jeudi au Critérium du Dauphiné, en solitaire, sur les hauteurs de Pra-Loup, DirectVelo vous offre un extrait de sa biographie, Nouveau Cycle (qui raconte aussi le parcours de Thibaut Pinot et de Jean-Christophe Péraud).
Ouvrage disponible en librairie et en ligne : 160 pages, 22 € - Editions DirectVelo (cliquer ici)
Avec 70 témoignages exclusifs de proches, amis, équipiers, entraîneurs, des débuts à aujourd'hui.

« CE N'ETAIT PAS UN RATAGASSE »

[…] Bardet se souvient de l'embarras de Chamrousse [la première étape de montagne, dans le Tour 2014, NDLR]. « C'est vrai, je me suis beaucoup retourné, dit-il. Sur le Tour de France, tu réfléchis tout le temps. Tu t'interroges sur ta capacité à tenir le rythme. Tu te demandes quelle est ta position par-rapport aux adversaires situés devant ou derrière toi : où en sont-ils ? Tu ne peux pas te mettre à 100% pour faire basculer une étape parce qu'il y en a une autre le lendemain où tu risques de tout perdre. » Non seulement la brutalité de l'effort physique ne tue pas la réflexion mais elle l'aiguise. Néanmoins, tous les coureurs ne sont pas autant sujets au dilemme et la scène se reproduira dans d'autres cols du Tour. Car Bardet se construit aussi à coups d'hésitations.
« Il n'est pas forcément calculateur en course, estime Pierre Bonnet, son adversaire jusque dans les rangs Juniors. Ce n'était pas un 'ratagasse', il prenait ses relais. » Le Cantalien concède que le cyclisme professionnel invite peu à la générosité : « C'est un autre vélo, où tous les efforts se paient ». On a vu en effet des équipes brûler tous leurs vaisseaux pour défendre un accessit sur le Tour de France. Ce conservatisme coûte à Bardet. S'il compte parfois ses coups de pédale, c'est par « réalisme ». On ne peut pas tous les jours user de la dynamite comme sur l'étape de Saint-Lary/Pla d'Adet.
« Il lui faut s'échapper pour prendre du plaisir, constate Sébastien Fournet-Fayard, son copain d'entraînement. Romain a beaucoup aimé la dernière étape du Critérium du Dauphiné 2014, dans laquelle il a attaqué. Le parcours était compliqué, avec des petites routes et des descentes. Il me disait : 'Ça, c'est du bon vélo, du vélo spectacle !' » En cette journée folle de début juin, Bardet avait lancé les hostilités loin de l'arrivée à la Toussuire, flanqué d'une vingtaine de coureurs, et il était remonté ainsi à la deuxième position du classement, remporté par l'Américain Andrew Talansky. Du reste, une semaine après les regards en arrière de Chamrousse, il s'est livré à à cette offensive surprise dans le Tour de France, profitant de la descente de Val Louron, au lieu d'attendre la dernière ascension du Pla d'Adet.

BERNARD HINAULT : « C'EST TA COURSE ! »

Au fond, Bardet est un coureur contrarié – comme on parlait autrefois des gauchers contrariés, contraints d'écrire de la main droite. Sur le Tour, la lutte pour le classement général frustre ses instincts sauvages. Le public auvergnat le connaît pour son audace gagnante, comme en 2007 lorsqu'il a attaqué seul à la mi-course à Brassac-les-Mines, jamais plus de vingt secondes devant le peloton. De même sur le Tour d'Ardèche Méridionale en 2011 : alors que ses adversaires sont gelés et quémandent des imperméables, Bardet plante un démarrage, « pour se réchauffer ».
Dans ses années amateurs, il s'enthousiasme pour le Grand Prix de la Ville d'Issoire. Au palmarès, quelques noms célèbres : Altig, Simpson, Guimard... Aujourd'hui, les meilleurs amateurs de la région se déchirent sur le circuit d'un kilomètre et demi, à l'heure du journal télévisé. Après sa journée de fac, Bardet saute dans sa voiture, épingle le dossard et se régale de courir avec les copains. Il s'impose à deux reprises. D'abord en 2009, dans sa première saison chez les Espoirs. L'année suivante, il espère récidiver mais il sort moulu du Tour de l'Avenir, où il a pris la sixième place et où il se découvre un supporter inattendu, Bernard Hinault.
Au hasard d'une discussion, Bardet confie qu'il hésite à prendre le départ à Issoire. Le « Blaireau » conseille de foncer : « C'est ta course ! Tu dois y aller et tu dois mettre tout le monde en file indienne ! » Tout bien réfléchi, l'Auvergnat s'octroie un repos réparateur en 2010 et décide de faire parler la poudre sur la prochaine édition : il s'échappe à deux tours de la fin et triomphe en solitaire, une performance très rare sur ce parcours cousu main pour les sprinters. Certain qu'Hinault aurait apprécié. [...]

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Crédit photo : ASO


 

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