Jacky Durand, le passager clandestin

Crédit photo John Pierce - PhotoSport International

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Pour saluer le 50e Tour de Bretagne (ex-Ruban Granitier Breton), DirectVelo vous propose une série d'articles sur l'histoire de cette course devenue une référence parmi les 2.2. Aujourd'hui, l'aventure rocambolesque arrivée à Jacky Durand en 1989.

Ce 26 avril 1989, les planètes dans le ciel astral de Jacky Durand devaient être en ligne de chaîne. 23 ans après un premier prologue, le Ruban Granitier Breton partait à nouveau de Laval, la Préfecture de la Mayenne. La Mayenne, c'est le département de Jacky Durand.

Licencié cette année-là à Antony Berny Cycliste, la réserve de Cyrille Guimard, il ne court pas ce jour-là. Il se repose avant de partir pour la Course de la Paix, "le Tour de France des amateurs" qui démarre le 8 mai de Varsovie. Alors il part de la ferme de ses parents, située à 30 km de Laval, pour assister en spectateur au départ de ce Ruban Granitier. "Je suis même parti plus tôt pour pouvoir aller voir les potes de l'équipe de France", précise Jacky Durand à DirectVelo.

CHUTE A L'ECHAUFFEMENT

Parmi les coureurs de l'équipe de France, Fabrice Henry, son équipier habituel de club à l'ABC. Son ciel à lui se couvre. A l'échauffement, il chute et se fracture le fémur. Coup dur pour le coureur mais aussi pour l'équipe de France. Elle se présentera avec un coureur de moins au contre-la-montre par équipes prévu sur la 2e étape.

Directeur sportif de l'équipe de France sur l'épreuve bretonne, Jean-Claude Moussard se souvient avoir croisé le grand Jacky à l'hôtel de l'équipe de France. "Il est venu me voir en me disant : 'Tu fais le prologue !'. Je lui réponds que c'est impossible car je dispute la Course de la Paix juste après." Le futur vainqueur du Tour des Flandres a beau avoir la santé, à doubler Ruban Granitier et la Paix, il risque l'indigestion.
 
« ON VERRA APRES »

"Fais le prologue, on verra après !" Le coureur cède. "Ils m'ont trouvé un vélo, des chaussures, une combinaison de contre-la-montre. Je fais une bonne place, quasiment sans échauffement car Fabrice devait partir dans les premiers, sans reconnaissance même si je connaissais les rues de Laval."

Après l'arrivée, Jean-Claude Moussard appelle Michel Thèze, l'entraîneur national qui allait encadrer l'équipe de France de la Paix. Celui-ci ne veut pas voir son coureur s'épuiser pendant la semaine de course. "Au final, ils se sont mis d'accord pour que je continue jusqu'au contre-la-montre par équipes pour ne pas handicaper l'équipe de France et, qu'ensuite, j'abandonne."

Après un aller-retour pour remplir son paquetage pour les deux prochains jours, Jacky Durand repart donc le lendemain de Laval. Au matin du surlendemain, il participe à la 2e place de l'équipe de France, derrière le comité Bretagne, entre Louvigné-du-Désert et Saint-Brice-en-Coglès, au pays du granit. Il est d'ailleurs Champion de France en titre avec le Comité Ile-de-France  du 100 km contre-la-montre (1). Le vainqueur de Manche-Atlantique en début de saison, fait du rab l'après-midi et termine même 8e à La Richardais avant d'abandonner comme prévu.

Pendant ces deux jours, "Dudu" s'est freiné. "J'ai fait mon travail d'équipier sans surtout m'échapper. Il ne fallait surtout pas que je prenne le maillot de leader !"

(1) Ironie du sort, pour établir la sélection des quatre coureurs pour ce 100 km en 1988, cinq coureurs d'Ile-de-France étaient en balance. Et c'est Fabrice Henry, déjà, qui s'était désisté.

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