Axel Laurance : « Je me suis loupé tactiquement »

Crédit photo Tour du Rwanda

Crédit photo Tour du Rwanda

Que d’émotions pour Axel Laurance. Depuis trois jours, le Mobihannais vit un début de course palpitant sur les routes du Tour du Rwanda (2.1). D’abord bon 5e du prologue sur une route détrempée mais aussi et surtout 2e des deux premières étapes en ligne ces lundi et mardi (voir classements), le néo-pro de la formation B&B Hôtels-KTM affiche une très bonne condition physique. Difficile pour autant de se réjouir pour celui qui a bien conscience qu’il est, par deux fois, passé tout près d’un premier succès chez les pros. DirectVelo fait le point avec l’actuel meilleur grimpeur et meilleur jeune de l’épreuve, qui pointe également à la 2e place du classement général.

DirectVelo : Après avoir déjà terminé 2e au sprint derrière Sandy Dujardin lundi, tu as encore réalisé une très grosse course ce mardi !
Axel Laurance : Oui, ça va pas mal (sourire). Cette 2e étape a été très animée. Une première échappée est sortie avec Pierrot (Pierre Rolland) dans la première bosse mais l’équipe Israel Start-Up Nation a ramené le peloton. Je me suis ensuite retrouvé dans un groupe de trois coureurs. Ils ne semblaient pas intéressés par les classements annexes alors j’en ai profité pour prendre un maximum de points au classement de la montagne. On a eu jusqu’à trois ou quatre minutes d’avance puis un groupe de onze contre-attaquants est revenu. Il y avait deux coureurs d’Androni (Drone Hopper-Androni Giocattoli pour l’appellation de 2022, NDLR) et deux mecs de Bike Aid. À partir du moment où il y a eu la jonction entre notre échappée de trois et ce contre, ça a flingué de partout. Les équipes en surnombre attaquaient sans arrêt, j’étais obligé d’aller chercher tous les coups. Au moment de la bascule du dernier col, j’ai eu chaud. Mais j’ai tout donné pour rentrer et je savais, à ce moment-là, que j’avais fait le plus dur. On s’est retrouvé à sept après un petit écrémage et ça a continué d’attaquer jusqu’au bout. Je m’attendais à ce qu’ils tentent jusqu’au bout pour éviter le sprint. J’ai quand même réussi à m’accrocher mais j’étais vraiment en bout de course.

Et c’est finalement au sprint que la victoire d’étape s’est jouée entre ces sept rescapés de l’échappée…
Yvonnick (Bolgiani, le directeur sportif de la B&B Hôtels-KTM, NDLR) m’avait dit qu’il y avait un dernier virage à droite à 150 mètres de la ligne et qu’ensuite, c’était en faux-plat descendant. Il fallait donc virer en tête dans le virage mais j’avoue que j’étais un peu perdu. Comme il y avait deux Androni et deux Bike Aid, je ne savais plus trop quoi faire. J’ai sûrement manqué d’un peu de lucidité. J’étais très fatigué et je me suis perdu, en quelque sorte… Je ne savais plus quoi faire. (Angel) Madrazo a lancé le sprint et j’ai hésité à y aller. Je me suis retrouvé en troisième place dans le virage et je n’ai pas eu le temps de remonter pour gagner. C’était beaucoup trop court.

On imagine que tu as donc des regrets ?
Oui, j’en ai. C’était une très belle journée, j’ai fait des tonnes d’efforts pour rester devant et résister à toutes les attaques jusqu’au bout et finalement, je me suis loupé sur l’arrivée. C’est comme ça. J’ai fait une erreur. J’aurais dû lancer le sprint moi-même mais j’ai voulu attendre un maximum. Ce n’était pas la bonne décision et ça m’a joué des tours. Tout le monde savait que j’allais vite car la veille, j’avais déjà fait 2e au sprint massif. J’avais lancé un poil tôt, à l’inverse…

« C’EST ENCORE PLUS DÉBRIDÉ QUE CHEZ LES AMATEURS »

Laquelle de ces deux places de 2 te frustre le plus ?
Celle d’aujourd’hui (mardi). C’était clairement prenable. Hier (lundi), j’avais tout donné sur le sprint. J’avais fait mon sprint et il n’y avait rien à redire. Je n’avais pas de regrets (lire ici l’interview du vainqueur, Sandy Dujardin). Cette fois-ci, je voulais vraiment gagner après avoir déjà fait 2e alors j’ai essayé de courir au millimètre. Sauf que ça ne l’a pas fait. Je me suis loupé tactiquement. C’est vraiment dommage après tous les efforts que j’avais pu faire au préalable.

Il y a moins de cent coureurs dans le peloton du Tour du Rwanda et vous n’êtes que quatre dans l’équipe avec Alan Boileau, Adrien Lagrée et Pierre Rolland. On imagine que les scénarios de course sont par conséquent loin de la plupart de ceux que l’on a l’habitude de voir tout au long de la saison…
Oui, carrément ! Parfois, c’est encore plus débridé que chez les amateurs ! Personne ne veut prendre la chasse à son compte comme il y a maximum cinq coureurs par équipe. Tout le monde se regarde et veut mettre des pions à l’avant. Du coup, ça attaque toute la journée. Franchement, aujourd’hui, je crois que j’ai battu mon record du nombre d’attaques que je suis allé chercher (rires). Ça n'arrêtait jamais ! Je n’ai pas été dépaysé par rapport aux courses amateurs.

Tu as donc terminé respectivement 5e, 2e puis encore 2e des trois premières étapes. Tu es actuellement 2e du classement général, meilleur grimpeur et meilleur jeune de ce Tour du Rwanda. Comment imagines-tu les cinq journées qu’il reste au programme ?
Je vais prendre les journées une par une. Les circuits sont très difficiles. L’altitude joue beaucoup. Quand on fait un effort, on a tout de suite le cœur dans la boîte à gants et du mal à récupérer. Je sais que la course peut basculer chaque jour. Sur chaque étape, tu peux te retrouver à trois minutes et tout perdre au général. Je ne pense pas trop au général ni aux classements annexes. La priorité pour le moment, c’est d’essayer de gagner une étape.

« C'ÉTAIT ENCOURAGEANT »

Pour espérer jouer la victoire finale, il faudra être compétitif dans le Mont Kigali, la veille de l’arrivée finale, là-même où Pierre Rolland s’était imposé devant Alexis Vuillermoz l’an dernier…
Ce n’est pas forcément un frein définitif. Ça dépendra de la course et de ce qu’il se sera passé avant. (Jhonatan) Restrepo a l’air très fort en montagne. Il ne sera pas facile du tout d’aller le chercher. Mais sait-on jamais.

Que retiens-tu de cette expérience africaine jusqu’à présent ?
C’est très dépaysant. C’est une belle expérience et l’occasion de découvrir une autre culture et un pays différent. Je découvre aussi des coureurs que je ne connaissais pas et avec lesquels je n’aurai sans doute pas beaucoup d’autres occasions de courir durant la saison. C’est très intéressant car ça change beaucoup. Encore une fois, avec cette façon de courir, c’est une sorte de course amateur mais avec un niveau un peu plus élevé.

Avant de te rendre au Rwanda, tu avais débuté ta saison en Espagne. Comment se sont déroulées ces premières courses professionnelles de ta carrière ?
Plutôt pas mal, là aussi. À Valence, honnêtement, j’étais vraiment bien. Sur les deux étapes les plus difficiles, j’ai entamé le dernier col avec le premier groupe. C’était encourageant même si par la suite, c’était impossible de suivre… J’étais simplement content de finir (sourire). Sur les épreuves qui se sont jouées au sprint, là aussi j’ai pris de l’expérience. Je sens que je manque encore un peu de force mais c’était sympa. Ce début de saison est intéressant.       

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