Audrey Cordon-Ragot : « Certains n’y comprennent rien »

Crédit photo Arnaud GUILLAUME / DirectVelo

Crédit photo Arnaud GUILLAUME / DirectVelo

C’était il y a 48 heures, lundi, en fin de matinée : Audrey Cordon-Ragot (Trek-Segafredo) a pris la route pour la Belgique, afin d’y disputer À travers la Flandre. Un déplacement en voiture pour limiter les contacts. “C’est de plus en plus compliqué de prendre les transports en commun, ça fait prendre des risques”, explique-t-elle. Avant de disputer À travers la Flandre puis le Tour des Flandres, deux rendez-vous phares de sa saison, la Championne de France sur route en titre fait, pour DirectVelo, le point sur son début de saison et ses perspectives quant aux semaines à venir. Sans oublier, évidemment, d’évoquer la situation sanitaire actuelle et le calendrier cycliste, avec son franc-parler habituel.

DirectVelo : Comment se déroule ton début de saison ?
Audrey Cordon-Ragot : Bien ! Je n’étais prévue ni aux Strade Bianche, ni au Binda. Mais j’ai vite eu de bonnes sensations sur les premières courses de la saison, j’étais là pour l’équipe. On ne le voit pas forcément car c’est le travail dit de l’ombre mais j’ai fait le taff et j’étais contente de moi. Du coup, on m’a alignée sur les grosses courses suivantes alors que ce n’était pas prévu. C’est vraiment hyper positif. Je sens que je progresse encore. J’ai battu mes records de watts sur chaque course. Des records annuels mais aussi de tous temps.

Tu abordes maintenant une nouvelle belle semaine avec en point d’orgue ce Tour des Flandres que tu aimes tant, puis possiblement ce premier Paris-Roubaix pour le week-end suivant...
Oui, c’est le point d’interrogation. Pour Roubaix, je n’y crois pas. Si ça n’a pas lieu, je serai à l’Escaut le mercredi. Mais ça me ferait vraiment chier que ce soit annulé. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de filles qui visent spécifiquement Paris-Roubaix. Peut-être une dizaine à tout casser. Mais c’est comme chez les garçons, les acteurs de Roubaix sont déjà devant sur les autres Flandriennes donc il y aura quand même de quoi faire dans tous les cas. On verra…

« JE RAISONNE TOUJOURS DE MANIÈRE COLLECTIVE »

Peut-on imaginer te voir jouer ta propre carte sur ces prochaines Classiques où seras-tu cantonnée à un rôle d’équipière au milieu du gros collectif de la Trek-Segafredo ?
Il faudra saisir l’opportunité si elle se présente mais je ne serai pas protégée, c’est clair. C’est possible de profiter de mon rôle malgré tout. C’est arrivé au Nieuwsblad où en travaillant pour l’équipe, je me suis retrouvée encore devant en fin de course. Même chose aux Strade. Cette année, j’ai l’impression que les courses sont plus ouvertes, alors on ne sait jamais. Sur une course, je ne me dis jamais que je dois faire ma part du boulot, avant de m’écarter et basta. Si je peux être là dans le final, je m’accroche, tant que ça ne va pas à l’encontre de la tactique de l’équipe, bien sûr. Je raisonne toujours de manière collective avant tout.

Revenons au calendrier et aux incertitudes actuelles dues au Covid-19. Comment vis-tu cette période ?
J’ai deux discours, en fait. Celui de la femme de tous les jours, la non-cycliste, qui se dit qu’il y a plus important, que des gens meurent tous les jours, que les hôpitaux sont saturés et tout ce qu’on entend à longueur de journée aux infos… Et le discours de la cycliste qui veut simplement courir et exercer son métier. On nous enlève cette option-là en sachant qu’il y a des possibilités pour courir sans que ce ne soit dangereux. C’est fait dans d’autres pays. Quand je vois le protocole en Belgique… C’est bien. Aujourd’hui, je crois qu’on est encore une fois le sport le plus contrôlé, sans mauvais jeu de mots.

« CE N’EST PAS MAUVAIS MAIS C’EST ILLOGIQUE »

La France reste tout de même le pays où l’on court le plus depuis le début de saison, toutes catégories confondues (lire ici)...
Oui, d’accord, mais je pense que certains n’y comprennent rien. Et quand je dis qu’ils n’y comprennent rien, c’est au vélo et à la vie en général… Je trouve d’ailleurs que nous avons une Ministre des Sports (Roxana Maracineanu, NDLR) qui ne nous défend pas. Actuellement, dans notre milieu, le projet principal doit être de faire vivre les équipes sportives, non ? Et ça passe par le fait de courir et d’avoir une exposition, tout en prenant les mesures nécessaires, évidemment. Je suis contrariée. 

Contrairement à l’an passé à la même période, il reste quelques courses chaque semaine… La situation est-elle si mauvaise ? 
Ce n’est pas mauvais mais c’est illogique. En Bretagne, les amateurs ont pu faire Locminé mais pas Guégon ou Manche-Atlantique. On a reporté le Grand Prix du Morbihan pour nous… Tout ça m’énerve. Je préférerais presque que l’on arrête tout pendant une certaine période… Je parle là en matière de cohérence. Car là, encore une fois, j’ai du mal à comprendre la logique. 

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